Le stage de printemps, jour 2 : un mardi sportif !
Ce n’est que le deuxième matin et déjà, certains espèrent grappiller quelques minutes sous la couette. Cela ne marche pas avec Bernard Helo et Quentin Descazeaux, dont les jeunes sont rapidement debout.
Pour la course à pied, il y a un peu de désertion : Claire est la seule à rejoindre Eliott Salomon, tandis que Gabin court derrière le camion de Bernard.
Quand le groupe arrive sur la base, le reste des Franciliens est en pleine activité physique. Divisés en deux groupes, les plus jeunes sont avec Eliott Salomon sur des exercices au sol. Tandis que les aînés entrent en salle avec Yojer Hurtado-Rondon et Léo Ozanne.
Pour nous, les adultes du groupe camping, nous allons directement au réfectoire pour prendre le petit-déjeuner. Nous sommes encore un peu embrumés quand les jeunes prennent possession des lieux. D’un seul coup, le silence se remplit d’un brouhaha de chaises qui glissent sur le sol et de plateaux posés sur les tables.
Grâce aux immenses baies vitrées, tout le monde peut observer le plan d’eau. Ce matin, la mer est agitée, la cime de certaines vagues se couvre du duvet blanc caractéristique d’une eau qui moutonne. Éole est parfaitement réveillé et il souffle à l’est.
Quand nous sortons du réfectoire, sur la plage, le ressac se fait entendre. Il semble évident que certaines navigations vont être un peu raccourcies.
Tous aux briefings !
Une fois le repas pris, les enfants ont tous rendez-vous en combinaison avec leurs coachs au hangar. Le groupe d’Optimist de Mikael Lavanant s’offre un exercice de position de rappel sur le parking.
Dans un premier temps, Mikael explique comment positionner son corps pour pouvoir se tenir au rappel. Par la suite, il positionne Timéo dans le bateau : grâce aux conseils du professeur, il réussit du premier coup. Mikael reste dans le dos de Timéo pour éviter qu’il ne tombe de l’embarcation. Tour à tour, les six enfants du groupe vont effectuer l’exercice.
Prendre le temps de voir certaines manœuvres ou positions à terre est, bien souvent, le meilleur moyen d’acquérir tout de suite de bons réflexes.
Éole n'attend pas !
Sur le parking, le vent souffle et un mélange d’excitation et d’appréhension se lit sur les visages.
Sur la plage, nous ne sommes pas les seuls à nous mettre à l’eau : les 49er aussi sont de sortie. Ces géants des mers désertent la plage à une vitesse effrénée, sous les yeux ébahis de notre groupe.
En revanche, pour les Franciliens, partir de la plage est plus dur. Bien que les animateurs Julie, Océane et Timothée, soient présents dans l’eau, l’entraide entre les groupes est primordiale. En effet, d’un côté, Raphaël et Théopol ont un œil pour leurs camarades en Optimist. De l’autre, Matthieu et Mayeul donnent un coup de main aux ILCA et Open Skiff moins habitués aux vagues. Leur présence est un plus pour nos BAFA qui poursuivent leur apprentissage du milieu nautique.
Un départ chaotique pour les coachs
Sur les marches de la digue, nos six coachs patientent tandis qu’Eliott tire sur le cordage qui ramène l’annexe jusqu’aux escaliers. Les vagues leur lèchent les pieds tandis qu’ils montent à bord. Ils doivent être rapides, car la marée poursuit sa descente inexorable.
Ballottés par le clapot, la barque s’échoue trop vite pour que le moteur ait le temps de faire son office. Ils sont repoussés vers le large par les enfants, mais sans succès. Finalement, tous mettent pied à terre et laissent Eliott faire une nouvelle tentative. Le moteur démarre, mais la propulsion est absente.
Alors que les premiers Optimist quittent la plage, il faut que les coachs trouvent le moyen de rejoindre leur Zodiac pour assurer la sécurité. Plusieurs coachs vont prendre place à bord des ILCA et Optimist. À l’image de Mikael Lavanant qui embarque avec Louison. Léo Ozanne, Firmin Besson et Eliott Salomon embarquent, eux aussi, sur les ILCA.
La flotte prend la mer, Raphaël et Théopol sont les derniers à quitter la plage, sous les regards attentionnés de Julie et Océane.
Une matinée sans pause
Le calme revenu sur la plage, je monte à la cafétéria pour travailler sur le résumé de la veille. Alors que les mots et l’inspiration arrivent, les deux 420 reviennent à la plage. Je m’y rends pour vérifier que tout va bien pour eux.
Sur la route, je croise Julie et Gabin, qui a un problème de bordure qu’il n’arrive pas à résoudre. En suivant ses indications, je réussis à faire une réparation. Malencontreusement, il n’a pas le temps de repartir, le reste du groupe arrive sur la plage.
Seules sur la plage pour le moment, Julie et moi nous répartissons les tâches : elle va rejoindre les Open Skiff, tandis que je vais voir les 420.
Je n’ai que le temps de traverser la plage avant de voir le reste de la flotte arriver : cette matinée se sera déroulée à la vitesse de la lumière. Maintenant que tout le monde est arrivé, les marins comme les animateurs, il faut remonter les bateaux tout en haut de la plage, car la marée monte !
Je laisse nos animateurs se charger des enfants et, par solidarité, je descends les remorques des 49er qui rentrent également. Que l’on soit en Optimist ou en 49er, remonter la plage de l’I2N est une épreuve, les équipages ne sont pas mécontents que nous leur proposions de l’aide. Jamais refusé et souvent rendu, donner un coup de main ne coûte rien et soulage toujours celles et ceux qui le reçoivent.
Entre deux bateaux, il faut rappeler à ceux qui traînent qu’il faut aller manger.
Le déjeuner, un moment fondamental de la journée
Ce midi, les animateurs ont une mission supplémentaire durant le repas : s’assurer que tout le monde mange correctement et en bonnes quantités. En effet, bien manger est primordial pour bien naviguer, notamment dans des conditions météo exigeantes comme aujourd’hui.
Cette semaine de stage demande au corps d’être capable d’enchaîner un très gros volume d’entraînement. Il faut donc que nous soyons tous attentifs, une mauvaise alimentation peut entraîner une perte de l’attention, voire des blessures.
Un après-midi à l'image de la matinée
Une séance sur fond de chaises musicales
Durant le repas, le vent n’a pas baissé, voire, il souffle un peu plus fort et, sur la plage, dans le groupe ILCA-420, tout le monde n’est pas pressé de se remettre dans l’eau.
Pour assurer la sécurité du groupe, dont le niveau est un peu hétérogène, deux voiliers vont rester à terre. Les skippers vont monter dans les Zodiacs et des échanges vont avoir lieu pendant la séance. Cette configuration permet aussi aux jeunes de se reposer durant la séance. Noé et Gioele vont respectivement monter avec Tanguy Troiville et Léo Ozanne.
Aujourd’hui, je monte avec Léo et depuis la digue, j’attends mon tour tandis que ce dernier fait « taxi boat » pour les autres coachs. Depuis le haut du promontoire, le ciel est dense et couvert d’un voile aux presque cinquante nuances de gris. La mer est agitée et hachée par moments, il va falloir s’accrocher sur les zodiacs et rester souple dans les genoux pour encaisser les vagues et les pointes de vitesse.
Sur la plage, l’entraide entre les groupes reste de mise. Ils sont à peine montés dans leur bateau que les ILCA prennent le vent et s’envolent vers les mouillages.
Une séance qui commence sur les chapeaux de roue
L’échauffement commence avec un premier départ, une remontée au vent et une descente sous le vent pour attendre les 420.
Encore peu expérimenté, l’un des équipages dessale au loin. Léo se rend rapidement à la rencontre du voilier concerné. Les adolescents ont quelques difficultés à remettre leur embarcation dans le bon sens. Le coach prend donc les choses en main et oriente le voilier face au vent. Voyant que le duo est fatigué, Léo préfère renvoyer le 420 à terre sous foc seul, pour limiter les risques de nouveau chavirage. Nous restons à proximité tout le temps de leur retour sur la plage, où ils sont récupéré par Timothée. La voile est un sport qui demande de rester humble et, par ce temps, avoir essayé est déjà la source de grands progrès.
Pendant ce temps, la flotte a eu le temps de grandement s’éloigner. Gioele récupère le bout de place qu’il reste sur la banquette derrière Léo et ce dernier ouvre les gaz à fond. En un quart de seconde, nous sommes à pleine vitesse entre les vagues. Le zodiac tient parfaitement la mer tandis que nous traçons un sillage d’écume dans notre dos. Nous traversons la baie en un clin d’œil, avec la sensation de voler au-dessus de l’eau.
Faire de la distance
Au vent de la baie, d’autres départs sont lancés, puis Tanguy envoie tout le monde au près pour faire de la distance. Ces moments sont parfaits pour pouvoir corriger les réglages et les positions des jeunes dans leurs bateaux.
Côté réglages, le hâle-bas est d’une utilité flagrante. Avoir une chute tendue permet à l’ILCA d’être un peu moins ardent. Il permet également de virer de bord plus rapidement. Néanmoins, il faut bien penser à le choquer pour que le bateau puisse abattre. La bordure est aussi un réglage très important, car elle permet de réduire efficacement la puissance de la voile en cas de besoin.
Enfin, être efficient au rappel, cela s’apprend aussi : dans un premier temps, pour maximiser le couple de rappel, il faut avoir les jambes tendues et le bout des pieds dans la sangle. Par la suite, il faut donner un coup de buste vers l’avant pour aider le bateau à passer les vagues.
Normalement, vous avez ici la recette d’une navigation réussie dans la brise et ce ne sont pas les jeunes marins qui vont dire le contraire. Durant une pause, je vois bien que les corps commencent à fatiguer. Les visages se ferment un peu et les mains commencent à être crispées. Alors, un premier échange a lieu : Gioele prend la place de Charlie.
Une navigation exigeante
Peu importe les conditions météo, la voile est un sport qui demande beaucoup de concentration. En effet, dans un premier temps, il faut être capable de passer d’une vague à l’autre, sans faire ralentir le voilier. En parallèle, il faut être attentif aux camarades autour de soi pour ne pas entrer en collision. Avec cette météo sportive, il faut penser à tout cela, tout en étant au rappel : les orteils dans une sangle de cinq centimètres de large et le torse à l’extérieur du bateau. Autant dire que cela relève presque de la folie. En 420, c’est encore plus fort, car les équipiers doivent s’accrocher au trapèze et sortir complètement du bateau.
Dernière ligne droite
La séance se poursuit, tous repartent au près et, en tournant la tête, j’aperçois une coque retournée. Nous nous rendons sur zone, pour trouver Noé dans l’eau avec une dérive qui barbote à côté du bateau. Il a dessalé au portant et l’appendice en a profité pour s’éclipser. Une bataille avec le bateau commence. Dans un premier temps, Léo tente de remettre la dérive côté coque retournée, mais un craquement inquiétant provoque un moment de doute. Quand le coach retire la dérive, il manque un morceau à l’extrémité, il y aura un peu de bricolage en rentrant à Paris. La méthode reste néanmoins la bonne, Noé monte sur la coque pour mieux positionner la dérive. Cela fonctionne et le bateau revient progressivement dans le bon sens.
Fatigué, Noé voudrait bien monter dans le zodiac, mais Léo décide de mettre les deux marins ensemble : Charlie et Noé vont faire équipe. Cette configuration n’est pas académique, mais elle rassure Noé. Nous constatons vite que cela fonctionne bien, car dans certaines rafales, les deux amis accusent des gros coups de gîte.
Un peu plus tard, Claire nous gratifie d’une jolie figure de style. Positionné comme bouée à empanner, notre zodiac a un point de vue idéal pour observer les manœuvres. Claire arrive, elle commence à abattre, mais le vent s’engouffre dans sa voile. Le bateau gîte fortement et elle sauve le dessalage en sortant l’une de ses jambes hors du cockpit. Mettre ce poids supplémentaire dehors, contribue à remettre le bateau à plat.
En fin de séance, Noé et Charlie se séparent : ce dernier récupère le bateau de Jawed qui est épuisé.
Un peu de longe-côte pour récupérer
Un coup de vent est attendu dans la nuit, alors les coachs doivent rentrer à Port Haliguen, Léo est le seul à rester sur la base.
Sur la plage, les bateaux remontent doucement, la présence des animateurs n’est pas de trop, car nos marins sont épuisés par cette journée.
Une fois que tous les bateaux sont rangés dans le hangar, Léo propose à ceux qui le souhaitent de se mettre en maillot de bain et d’aller marcher dans l’eau. Cette activité physique a de nombreux bienfaits pour le corps. Elle a un effet drainant sur les jambes et agit comme un massage, c’est idéal après tout ce temps passé au rappel.
Ces quelques minutes passées dans l’eau sont aussi un très beau moment de partage entre les jeunes qui passent finalement plus de temps à se lancer des vannes et à s’éclabousser les uns les autres.
Une fin de journée sous le signe de la détente
De mon côté, je profite de l’assouplissement de cette fin de journée pour aller faire un footing le long de la côte. En direction de Port Haliguen, j’ai d’abord le soleil de face, offrant un spectacle de couleur absolument divin. Puis, ce dernier arrive dans mon dos à mesure que le sentier serpente. Après une boucle de sept kilomètres, je retrouve Bernard, Tanguy et Léo au camping avant d’aller prendre le dîner.
Ce soir, un cache-cache est organisé par les animateurs : ce jeu est toujours un vecteur de convivialité entre nos jeunes. De toute évidence, certains n’ont pas encore fait assez de rappel, car ils sont nombreux à réussir à courir dans tous les sens. Les éclats de rire et des cris joyeux retentissent au fur et à mesure que le jeu se déroule.
Je rejoins les adultes au camping pour un petit moment de pause.
À vingt-et-une heures, Firmin et Quentin reviennent au camping avec les enfants : brossage de dents et tout le monde au lit.
Demain, on prend les mêmes et on recommence !
Photos et texte Claire C.F.
