Le stage de printemps, jour 3 : un mercredi à toute vitesse !
Au petit matin, la fatigue se lit déjà sur les visages encore endormis des enfants. Sur le trajet vers la base nautique, le groupe du camping marche doucement.
Claire reste la seule à faire le chemin en courant aux côtés d’Eliott Salomon.
Le petit-déjeuner se déroule dans le calme. Habituellement enjouées, les conversations matinales se font plus silencieuses.
Depuis le promontoire du réfectoire, nous observons tous le plan d’eau : la mer est toujours agitée et le vent souffle toujours à l’est.
D’un bout à l’autre de la salle, nous sentons que cette matinée va être tout aussi sportive que la veille.
Les animateurs aux commandes
Lorsque de fortes conditions météo sont attendues durant la nuit, l’I2N demande à nos coachs de ramener les zodiacs de la base au port, pour qu’ils soient en sécurité. Ce matin, il faut donc faire la route vers Port Haliguen pour aller récupérer les bateaux.
Après les briefings, c’est aux animateurs de prendre le relais. Ils doivent s’assurer que les enfants sont en temps et en heure sur la plage quand les coachs reviennent par la mer.
Tandis que l’équipe de professeurs prend la route, dans les vestiaires, c’est un peu le chaos. En effet, enfiler une combinaison humide, voire mouillée, n’est jamais une partie de plaisir. Faire entrer un enfant dedans, quand il a décidé qu’il n’en avait pas envie, est une affaire de persuasion. Nos animateurs s’en sortent à merveille avec les plus jeunes et, déjà, les premiers bateaux descendent la plage, accompagnés par Yojer.
À l’arrivée des coachs, presque tous les enfants sont sur le sable : il n’y a plus qu’à se mettre à l’eau. Le ballet des remorques commence, tandis que certains réfractaires traînent des pieds. Dans l’eau jusqu’à la taille, Julie et Océane ont un œil partout. En quelques minutes, il n’y a plus personne sur la plage.
Une matinée sur un tapis roulant
Ce matin, les premiers bateaux reviennent aussi vite que les derniers sont partis. En effet, l’équipe vient à peine de faire partir Axel et son Optimist, qu’un 420 et deux Open Skiff font déjà route vers le sable.
Depuis le haut de la cale, nous les voyons arriver en douceur. Les Open Skiff s’en sortent très bien et Julie se rend à leur rencontre. Pour le 420, c’est un peu plus compliqué. Resté au portant, Adam descend trop tôt sous le vent et Marco, à la barre, ne peut empêcher le dessalage. Chaviré avec la coque au vent et le mât qui plonge dans l’eau de l’autre côté, Marco fait des signes de bras pour appeler à l’aide. L’équipe se précipite et arrive juste à temps pour éviter que le mât ne plante dans le sable. L’équipement est sauvé et les enfants, un peu secoués, vont très bien eux aussi.
Comme nous l’avions prévu, le repas de midi se déroule dans le calme. Les enfants scrutent le plan d’eau où le vent ne semble pas diminuer d’intensité. Par moments, Éole donne même la sensation qu’il souffle plus fort encore.
Une deuxième partie de journée tout aussi intense !
Entraînement à la régate
Après le repas, j’embarque avec Eliott, qui encadre le groupe Optimist compétition.
Firmin Besson, en formation entraîneur, embarque également, en tant qu’observateur.
Pendant que le groupe se prépare, j’aide un 420 avec une drisse coincée dans un réa en tête de mât. Les enfants couchent le bateau sur le sable. Sur mes indications, ils démontent et remontent le réa de drisse de foc en un rien de temps. Rapidement, le 420 retrouve son assiette originale et l’équipage est de nouveau prêt à naviguer.
La manœuvre est effectuée sous les yeux attentifs de Firmin. Ce dernier ne connaît pas encore bien ce support et observe les manœuvres avec concentration. Absorbés par la tâche, nous ne voyons pas qu’Eliott est presque arrivé au ponton. Nous remontons la cale très rapidement. Après un sprint digne des plus grands sportifs olympiques, Firmin et moi-même arrivons juste à temps pour embarquer.
Depuis la crique formée par la digue et les récifs de la plage, nous avons un très beau point de vue sur ce qu’il se passe sur le sable, à savoir : pas grand-chose. En effet, les enfants traînent pour se mettre à l’eau.
Alix et Aurèle arrivent en premiers, ils sont suivis de Liv et du reste du groupe. Les six marins sont en retard, ce qui leur vaudra de faire un tour cuisine ce soir pour faire la vaisselle. C’est comme cela que les choses se déroulent avec Eliott : tout retard sur l’eau se solde par un passage en cuisine pour rendre service à la communauté. Ainsi, le chef ne le sait pas encore, mais il a gagné six commis supplémentaires après le repas.
Alix et Aurèle arrivent en premier, Liv est la suivante et, quand le reste du groupe est enfin présent, Eliott relance les exercices.
Un premier exercice qui fait travailler les méninges
Le groupe est divisé en deux, nous avons donc deux équipes de trois. Dans chaque équipe, chacun a un numéro, par exemple l’équipe A aura : Alix numéro 1, Aurèle numéro 2 et Liv numéro 3.
Eliott lance l’exercice : le numéro 1 monte au vent, jusqu’à une bouée. Ce dernier doit absolument se maintenir le plus proche de cette bouée, sans la passer. Pendant ce temps, les numéros 2 et 3 doivent remonter vers cette même bouée et tenter de passer entre cette dernière et le numéro 1. Par conséquent, le numéro 1 doit tout faire pour fermer le passage.
Le groupe travaille sous cette configuration depuis le début de la semaine. La confiance que les jeunes se donnent les uns aux autres commence à se lire dans leur façon de naviguer. Les bateaux se rapprochent les uns des autres, mais ne se touchent pas. Les voix s’élèvent pour réclamer de la place ou une priorité et l’adversaire s’exécute. Les manœuvres sont effectuées avec détermination et assurance.
Les deux groupes tournent rapidement sur cet exercice qui leur demande beaucoup d’implication, à la fois physique et intellectuelle.
Liv, encore timide et discrète l’an passé, a pris beaucoup d’assurance. Sa voix s’élève haut dans les airs, et même portée par le vent, je sens toute la force qu’elle met dans ses mots. Elle sera bientôt une régatière qu’il ne faudra pas embêter.
Les enfants tournent si souvent que même Eliott perd le fil et finit par changer d’exercice.
Un nouvel exercice qui s'inspire du match race
Sur le Zodiac d’Eliott, il y a un micro : cela permet au coach de mieux se faire entendre sans s’époumoner et perdre ses cordes vocales. Il rappelle donc la troupe qui s’agglutine autour des boudins.
Sur l’ardoise de Firmin, Eliott dessine un parcours triangle avec deux bouées au vent et une sous le vent. Cela donne un bord de près, un bord travers et un bord au portant. En rouge et bleu, il symbolise six positions. En 1, 4 et 5, nous avons l’équipe bleue et en 2, 3 et 6, nous avons l’équipe rouge.
Dans chaque équipe, les enfants choisissent qui navigue à quelle position. Le but du jeu est de faire gagner son équipe en remontant les places les unes après les autres. Chacun prend le départ selon le numéro qui lui a été attribué : le numéro 1 part le premier et ainsi de suite jusqu’au sixième.
Enfin, pour qu’une équipe l’emporte sur l’autre, il faut que tous ses membres terminent en tête.
L’exercice n’est pas évident à comprendre, encore moins à coucher sur le papier. Néanmoins, les enfants n’ont pas besoin de plus amples explications. Maintenant que j’écris, je me demande bien comment ils ont réussi à exécuter correctement l’exercice aussi rapidement.
Repos des méninges et départ au près, direction la ligne d'horizon
Les enfants effectuent l’exercice à plusieurs reprises, puis Eliott envoie les enfants au près.
Le groupe s’élance vers l’horizon un peu flou de la baie de Quiberon. Pendant ce temps, nous récupérons les bouées, ainsi qu’un coach de 49er qui a besoin d’être déposé à terre.
Avec ce vent qui souffle, les enfants ont eu le temps de prendre le large. Manette des gaz à fond, le Zodiac rebondit sur les vagues et s’accrocher n’est pas toujours facile. Sur le boudin, Firmin rebondit de haut en bas.
Quand nous arrivons au vent de la flottille, Eliott oblique sur bâbord et le groupe passe au portant.
Plus bas sur le plan d’eau, nous croisons le groupe de Vincent Aillaud qui est en pleine procédure de départ. Sans aucune indication de la part d’Eliott, la flottille s’incruste sans vergogne dans la procédure. Pas plus étonné que cela, le coach laisse son groupe faire ses choix. Le parcours est plutôt étroit et ils en font le tour très vite.
Les coachs profitent de cet interlude pour se concerter. Ils vont déplacer une bouée pour agrandir le parcours. Un nouveau départ est lancé, il faut faire deux tours cette fois et Firmin est chargé de prendre les arrivées.
Cela vient conclure la navigation. Sur l’eau, il ne reste plus que les Optimist qui ont tout le loisir de prendre la place dont ils ont besoin sur la plage.
Une météo légèrement instable après le coup de vent nocturne
Côté météo, aujourd’hui nous avons fait face aux signes caractéristiques du passage de la dépression de la nuit.
Soufflant toujours à l’est, la mer reste formée au petit matin, imposant à nos jeunes marins d’être toujours très attentifs lors de leur mise à l’eau. La navigation de la première partie de journée est restée, elle aussi, bien sportive.
Les conditions soutenues de la matinée ont laissé place à un vent, toujours bien présent, mais un peu instable en milieu de journée.
Pendant l’après-midi, le vent a d’abord faibli, sans changer d’orientation, rendant le passage des vagues compliqué.
Le ciel s’est graduellement couvert et nous redoutions une pluie qui n’est finalement pas venue.
Le vent a fini par remonter en fin de navigation et la séance s’est terminée autour de dix-sept heures, sur une plage où les vagues ont commencé à perdre en intensité, facilitant considérablement l’arrivée de nos jeunes marins.
Une fin de journée en douceur
Je poste le résumé du jour et retrouve les coachs qui discutent devant le réfectoire. L’air ambiant est humide et quelques gouttes d’eau nous tombent sur la tête.
Si dehors, le bruit du ressac berce les âmes fatiguées, dans le self, c’est un silence étrange qui règne. En effet, les navigations ont laissé beaucoup de traces et, bien que relatif, le silence en est un témoin évident.
Les visages ne sont pas encore éteints, mais cela ne va pas tarder. C’est le milieu de la semaine et les coachs comme les enfants commencent à accuser le coup du rythme du stage.
Moi-même fatiguée, après le repas, je rentre au camping en compagnie de Bernard. Pour la première fois de ma vie, je monte à bord de son célèbre camion.
Ce sont Quentin et Firmin qui sont en charge du groupe Open Skiff.
Ce soir, dans la salle attenante au réfectoire, les animateurs ont prévu des jeux de cartes et un Loup-garou pour clore la journée avant d’aller dormir. Ces jeux ont l’avantage de pouvoir garder tout l’effectif au même endroit. Les activités intellectuelles reposent aussi les corps après les journées fatigantes que les jeunes vivent depuis lundi. C’est également une excellente façon de se détendre avant d’aller rejoindre les bras de Morphée. Pendant ces temps calmes, les jeunes continuent d’échanger et de fabriquer ce lien social si cher au milieu de la voile.
Au camping, les coachs partagent un moment de convivialité et d’échanges en attendant que les enfants ne reviennent.
Ce soir, tout le monde est fatigué, heureusement, demain il n’y a pas de réveil musculaire, nous n’avons rendez-vous au réfectoire qu’à huit heures quinze.
Alors bonne nuit les amis !
Texte et photos Claire C.F.
