Nous sommes toujours le 17 janvier, et les futurs arbitres franciliens sont attentifs aux nouvelles notions qui sont portées à leur attention. Après avoir décortiqué le code de l’arbitre et les rôles de ce dernier, la promotion 2026 plonge dans le grand bain de la régate.
La régate, un monde plus dense qu'il n'y paraît
Qui sont les acteurs d'une régate
En fin de matinée, Thibaut, seul homme dans ce groupe de femmes, est au tableau. Les stagiaires doivent faire une liste des acteurs d’une régate. Dans la salle, les réflexions vont bon train. Certains sont régatiers, donc les premiers corps de métiers font rapidement leur chemin. Petit à petit, la liste s’allonge : comité, juge, coureurs, entraîneur, bénévoles, club, mouilleur, jaugeur, vnf, sécurité… Rapidement, la longueur de cette liste donne le tournis. Pour avoir une vision plus claire, Bernard Nouailhas demande à ranger toutes ces fonctions par grandes catégories :
– les coureurs prennent en compte les régatiers, mais aussi leurs accompagnateurs : famille et/ou entraîneur.
– le corps arbitral : le jury, le comité de course, le mouilleur, le comité technique et le viseur.
– l’autorité organisatrice : le club hôte, les bénévoles et le commissaire aux résultats.
Bernard.N ajoute que chaque régate doit faire l’objet d’une déclaration administrative, un point sur lequel les arbitres doivent être vigilants.
La régate, une nomenclature particulière
Patrick Vilain présente les différents grades qui permettent de classifier le niveau des régates. 5C, 5B, 5A, 4, 3, 2, 1, W, non ce ne sont pas des formules mathématiques, mais bel et bien la hiérarchisation des compétitions. Le grade 5C est le niveau le plus bas, la régate de club, tandis que le grade W désigne les épreuves internationales organisées par World Sailing. Les grades 5B et 5A correspondent respectivement aux régates départementales et régionales. Le grade 4 concerne les épreuves nationales : les championnats de France de classe et certaines épreuves en intersérie.
Enfin, le grade 5C accepte qu’il n’y ait qu’un Comité de Course pour diriger la régate. En revanche, plus le niveau de qualification de l’épreuve augmente, plus la composition du corps arbitral se complexifie. En effet, les présidents du Comité de Course et du Jury peuvent avoir des adjoints et des assistants. Un Comité Technique peut être présent pour jauger le matériel avant le début de l’épreuve, il peut aussi vérifier l’armement des voiliers sur l’eau. De plus, l’intersérie peut nécessiter la mise en place de différents groupes. Cela demande la présence de plusieurs Comités de Course et plusieurs Jurys. Enfin, la présence à terre d’une personne pour enregistrer les résultats dans Score est un plus.
Les Règles de Course à la Voile : la bible de l'arbitre
Les RCV, qu'est-ce que c'est ?
Les RCV sont présentées par Patrick Vilain. Ce dernier insiste d’entrée de jeu sur l’importance d’utiliser les termes écrits dans le livre. En effet, seuls eux font foi quand une réclamation est portée à la connaissance du Jury. De plus, il insiste sur la nécessité de savoir par cœur les définitions des mots écrits en gras dans le livre, même si « parfois ça demande une explication de texte » (P.Vilain). Ces dernières sont primordiales pour bien comprendre les règles.
Avec la découverte de l’univers des RCV, les stagiaires ont soudainement des sueurs froides. Ce n’est pas facile de réfléchir et de faire la lumière sur toutes ces nouvelles connaissances. Tous se concentrent tandis que Patrick.V déverse son savoir dans leurs esprits encore un peu novices. Connaître par cœur toutes les règles n’est pas le but recherché. Avec le temps, des réflexes vont naître, permettant d’identifier les règles concernées par le problème évoqué. Se référer aux définitions permet très souvent de clore un débat rapidement. En effet, ces dernières sont généralement une réponse efficace à la majorité des cas présentés en réclamation.
La règle 28 et la définition du terme : effectuer le parcours
Dans les RCV, la définition est écrite comme suit :
«
Le bateau effectue le parcours quand :
a : il prend le départ;
b : un fil représentant son sillage jusqu’à ce qu’il finisse, lorsque tendu,
1 passe chaque marque de parcours pour la course du côté requis et dans l’ordre correct (y compris les marques de départ),
2 touche chaque marque indiquée dans les instructions de course comme étant une marque à contourner, et
3 passe entre les marques indiquées d’une porte dans le sens du parcours depuis l marque précédente; puis
c: il finit.
«
Explication
Pour faire une démonstration simple et efficace, Laurent positionne deux bouées au tableau. Une au vent et une autre qui représente le viseur de la ligne de départ. Avec une ficelle, il symbolise le tracé du sillon d’un voilier. La ficelle part de la ligne de départ, tourne autour de la première bouée, puis de la deuxième. La ficelle remonte puis redescend. Le voilier a donc, virtuellement, fait deux tours. Ainsi, les deux extrémités de la ficelle sont au niveau de la ligne de départ/arrivée. Laurent tire alors doucement sur chaque extrémité. Les deux bouées commencent à se rapprocher l’une de l’autre. Laurent conclut en expliquant qu’un voilier effectue le parcours, quand toutes les bouées peuvent mentalement être reliées les unes aux autres de cette façon. Cette définition est importante pour les stagiaires souhaitant devenir Comité de Course.
Mise en lumière du travail du Comité de Course
Comment mouiller un parcours
Au tableau, Laurent explique l’importance de prendre le temps de calculer l’angle de sortie de chaque marque de parcours par rapport à l’orientation du vent. La mise en situation est assez simple, Laurent positionne ses bouées et dessine les angles à main levée, pour faire une démonstration. Il précise alors l’utilité d’avoir un compas et/ou un indicateur de cap. En effet, ces outils permettent de visualiser la zone où positionner une bouée. Ces dispositifs sont très efficaces sur les grands plans.
Après avoir travaillé de concert au tableau, c’est sur des fiches, par binômes, que les stagiaires mettent en application ces calculs d’angles. L’exercice de maths est un retour sur les bancs de l’école pour nos élèves très investis dans leur apprentissage. Petit à petit, la théorie fait son chemin et les mesures se précisent doucement. Cela tombe bien, la dernière notion de la journée pointe le bout de son nez.
Savoir évaluer la taille du parcours
Pour évaluer la taille du parcours, il faut prendre en compte la vitesse du vent et les différentes séries présentes sur l’eau. En monotypie, l’appréciation se fait selon les règles de classes. En effet, certaines séries doivent respecter une limite de vent. Par exemple: le 2.4mR (quillard de sport) supporte des vitesses de vent allant jusqu’à 20 à 25 nœuds, là où un 470 peut sortir dans 30 à 35 nœuds (avec un équipage expérimenté). En revanche, ce calcul devient beaucoup plus important en intersérie. En effet, il faut prendre en compte la variation de puissance entre les voiliers et établir un parcours qui correspondra à tout le monde. Si les écarts sont trop grands, plusieurs groupes ou plusieurs parcours peuvent être mis en place. Le but est de permettre à tous les régatiers d’avoir une expérience optimale.
Le mot de la fin
La régate a ses codes et son fonctionnement propre. Tout est écrit et indiqué quelque part, toute question a forcément sa réponse. Les derniers mots de cet article sont ceux de Patrick Gondouin, président de la CRA.
« La voile est un sport où tout est écrit, s’il y a une question, la réponse est écrite quelque part. »
Photos et texte Claire C.F.
