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La régate des copains, clôture d’une année sportive compliquée

Un matin de régate entre grisaille et pluie

Il est huit heures passées ce dimanche matin quand le train me conduit dans les méandres du sud de la Seine. La pluie a enfin cessé et le fleuve a presque retrouvé sa quiétude habituelle. Voilà plusieurs semaines que nos clubs de voile n’avaient pas pu organiser de régate, le courant, trop fort, rendait les navigations impossibles. Il ne fait que cinq degrés ce 17 novembre, un soleil timide est tout de même annoncé dans l’après-midi. Alors, si « + = + », peut-être que mon tube de crème solaire apportera le soleil. Spoiler alerte : non. Les nuages vont rester et une pluie fine va successivement attaquer chaque couche de vêtements.

Princess treatment

Le Cercle de la Voile de Seine-Port est situé sur la rive droite de la Seine. D’un point de vue strictement géographique, la gare la plus proche est sur la rive gauche, littéralement en face du club. Sauf que, d’un point de vue pédestre, la gare la plus proche du club est, en fait, cinq kilomètres plus loin. L’astuce pour faire moins de route, c’est d’avoir un bon contact. Le mien, ce jour-là, s’appelle Jean-Marc Barré. Le moniteur du club est, de temps à autre, « taxi-boat » pour une traversée de la Seine de proximité, à proximité du club. Sur le morceau de quai bétonné, vestige moderne du temps du canotage, j’observe le paysage. Ici et là, il reste des pelouses verdoyantes qui viennent perturber les nuances de l’automne. Tandis que des verts, des marrons et des gris annoncent doucement l’hiver. La fraîcheur de cette matinée est piquante et annonciatrice du changement de saison. Jean-Marc arrive, il accoste en douceur et j’embarque. Sur le bateau, la fine brise est presque agressive, elle est rapidement accompagnée par une fine pluie glacée. La navigation va être une épreuve de patience, comme seul ce sport sait les fabriquer.

régate
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Une régate sous le signe de l'humidité

Il est encore tôt et de nombreuses discussions se succèdent dans l’ancienne auberge. Sur le parking, un grand chassé-croisé commence. En effet, les adhérents, régatiers ou non, arrivent petit à petit, tandis qu’un groupe de scouts se joint à la mêlée. Petit à petit, des sacs de voiles de toutes les tailles s’entrecroisent entre l’arrière-cour et les pontons. Les tauds des 505 se retirent, tandis que les quillards se découvrent. Sur le ponton chacun s’apostrophe avec joie, tandis que Laurent Nalis prépare sa cabine de comité de course et son petit chauffage. Ce matin, c’est la convivialité qui réchauffe les cœurs et les visages.

Petit à petit, les voiliers sont mis à l’eau, alors Laurent ne perd pas de temps et lance la première procédure. En effet, il faut profiter du vent tant qu’il est présent, surtout que la pluie est revenue. Alors que le départ est lancé, j’embarque avec Philippe, le président du club, pour suivre la flotte. Ce sont les 505 qui vont prendre le dessus : plus légers que les quillards, ils démarrent plus vite. Le 8820 prend la tête de la course. Plus que rodé, l’équipage ne fait qu’une seule bouchée de ses concurrents et garde la place de leader durant toute la régate. La pluie et le vent qui baisse ne les ralentissent pas, ils finissent chaque course avec une avance considérable sur le reste de la flotte.

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Abandon de poste pour Éole

Très vite, la pluie imbibe les vêtements et les combinaisons. À l’issue de la première course, les équipages sont déjà tous complètement détrempés. Le froid est glaçant et je vais suivre le reste de la régate entre la cabine de Laurent (et son chauffage), le ponton et le bateau sécurité. Les deux premières courses se suivent et se ressemblent. Il y a peu de vent, tandis que le crachin s’intensifie et que la lecture du plan d’eau se fait de plus en plus dure. Il faut savoir anticiper, notamment le passage de la bouée de dégagement. En effet, il faut empanner tout de suite, puis lofer pour aller chercher le vent sur la rive gauche. Le tour de force par la suite est de hisser un spi imbiber d’eau et de le gonfler dans la veine de vent instable. Justesse et précision sont les maîtres-mots des barreurs. Ne pas perturber l’inertie des voiliers durant les manœuvres est un tour de force dans cette flotte groupée. La moindre erreur peut être fatale et une place perdue est difficilement récupérée.

Clôture d'une navigation en douceur

Alors que la deuxième course se termine, il y a un débat parmi les régatiers. En effet, il est encore tôt et certains sont d’avis de lancer la dernière course avec un tour de plus, pour faire durer le plaisir. Au contraire, d’autres sont plus prudents. Une partie du groupe estime qu’un tour supplémentaire est risqué. En effet, le vent ne cesse de baisser et il serait dommage de conclure la régate par une réduction de parcours ou une annulation. Il n’y a donc pas consensus au sein de la flotte, c’est donc à Laurent de prendre la décision qui lui semble la plus adéquate. Il opte pour la prudence, un seul tour du parcours est amplement suffisant. Par la suite, les conditions météo montrent que faire deux tours aurait été illusoire. Le vent tombe inexorablement, tandis que le 8820 s’envole vers sa troisième victoire consécutive. Plus rapide, le 505 a le temps de sortir de l’eau avant que son concurrent le plus proche n’arrive.

Certes, la régate est terminée, mais pas la journée. Petit à petit, tous les bateaux sortent de l’eau. Les voiles sont affalées et les tauds retrouvent leur place, tandis que certains bateaux sont démâtés pour être hivernés. Sur le parking, il fait un peu moins froid, le filet de vent est coupé par les quillards qui dorment sur le solide ponton en béton.

Une fin de régate sous l’œil bienveillant du maire de Seine-Port

Monsieur le Maire et son adjointe nous rejoignent pour le début de la lecture du classement. Chacun a le droit à un petit sachet de bonbons confectionné par les petites mains du club. Toujours très heureux de se rendre au cœur des activités sportives de sa municipalité, le maire renouvelle son engagement auprès du Cercle de Voile de Seine-Port, dont les relations avec la ville sont au beau fixe. Enfin, la journée se clôture par un grand repas avec les membres et les régatiers du jour. Restée dans le jus de son époque d’origine, la salle principale de l’auberge est haute de plafond. Une grande cheminée et des lustres en bois massifs ornent les murs autour de l’assemblée, on s’imagine au cœur d’une taverne de l’ancien temps. Serrés sur une longue tablée, la proximité entre chacun réchauffe l’atmosphère et on oublie presque le froid dehors. Les rires et bavardages m’en apprennent plus sur la vie et l’ambiance qui règne au CVSP. C’est dans un esprit familial très présent que l’on découvre, apprend et vit la voile ici.

 

Texte et photos Claire C.F.

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