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La Jolie Mantaise, la quête de la rafale gagnante

Le programme « À la découverte des clubs franciliens » est une aventure de grande ampleur à l’échelle de l’Île-de-France. Mais, arpenter les chemins de traverse de la région, c’est aussi savoir faire face aux mésaventures des transports en commun. Ce dimanche 14 septembre, nouvelle édition de la Jolie Mantaise, a donc commencé dans le dédale des couloirs souterrains de La Défense, à la recherche d’un bus.

Presque pas en retard pour le début de la Jolie Mantaise

Plus long que prévu, le trajet me laisse le temps de voir que la météo va demander de la patience et une certaine résistance à la pluie. Ce n’est visiblement pas l’été indien qui attend les régatiers. Ce mois de septembre ne s’annonce pas très riche en soleil. Il est dix heures bien passées quand j’arrive, et Sandrine, qui gère les inscriptions, est soulagée de me voir arriver. Sur le parking, tous les coureurs sont là et les derniers voiliers touchent tout juste l’eau. Pendant que je fais un tour rapide du club, le Comité de Course termine son briefing. Quelques salutations plus tard, j’embarque et la journée commence.

Pas le temps de lambiner !

Un premier départ tout en maîtrise

Le premier départ se fait sur les chapeaux de roue avec Toupidek qui tente sur bâbord après avoir longé la ligne. Ce dernier remonte tout juste sous les nez des tribords. La manœuvre est effectuée avec maestria par l’équipage de Martial Duval, qui prend donc la tête du cortège. Martial, Christine et Antoine mènent la danse jusqu’au milieu du bord de portant. Derrière, c’est presque d’un seul tenant que le reste de la flotte prend son essor. D’abord dense, c’est dans les cent derniers mètres, avant la marque une, que les premiers écarts voient le jour. Le dog leg est petit mais efficace, un, puis deux, puis trois spi arrivent en tête de mât. Le vent est faible, alors le bruit des drisses s’entend parfaitement. Ici, au jeu de celui qui hisse le plus vite, le vainqueur est généralement celui qui gonfle sa voile le plus tôt. La flotte entre dans une nouvelle phase, les voiliers, les uns après les autres, se positionnent et forment une ligne ténue. Le classement de la course se dessine, tandis qu’à l’avant, Toupidek et Somnium sont aux coudes à coude. Alors que Martial tente de contrer le courant, en faisant du rase-mottes sur la berge, Somnium, au centre, rafle la mise grâce à une adonnante sortie de nulle part. Bruno, Thomas et Armelle passent en tête et l’emportent de quelques longueurs.

Jolie Mantaise

Il pleut, il mouille, c'est la fête de la Jolie Mantaise

Une heure de navigation plus tard, la pluie s’ajoute à ce vent déjà bien faible et clairement instable. Le paysage s’adoucit, se floute doucement et arrondit les angles de notre vision. Par moments, à la faveur d’un crachin breton, très dense, nous perdons un peu de visibilité. Le paysage lointain va s’absenter de façon épisodique toute la journée. La marque sous le vent se fait discrète, poussant le Comité à la faire remonter un peu. Évidemment, le ciel qui nous tombe sur la tête n’arrange pas les choses. Éole semble vouloir prendre congé et le vent tombe continuellement. Peu après, c’est au tour de la bouée viseur de ne plus être l’axe. Un repositionnement plus tard, la ligne peut à nouveau être ouverte. Le Comité ne perd pas de temps et lance la nouvelle procédure.

Les calculs ne sont pas bons Kevin

Alors que les premiers passent la marque au vent sans encombre, les suivants se retrouvent en mauvaise posture. Le vent disparaît littéralement de la zone, deux mètres avant la bouée, il n’y a plus aucun souffle d’air. Nombreux sont les voiliers qui se retrouvent encalminés entre les arbres et la marque jaune. Les virements de bord s’enchaînent avec plus ou moins de succès. Mais les coques s’écrasent sur la manque qui semble intouchable. Dans ce maelström d’indécision, ce sont les derniers qui réussissent le mieux à croiser le fer avec la bouée. Il faut remonter le plus haut possible, prendre bien large et surtout, envoyer un coup de barre vif pour ne surtout pas arrêter le bateau dans la manœuvre. Tout cela en évitant soigneusement le contact avec les copains à l’arrêt. Enfin, une remise à plat appuyée et le voilier repart tranquillement, tandis que, au loin, la pluie, qui s’était arrêtée, revient inexorablement.

Jolie Mantaise
Jolie Mantaise

La Jolie Mantaise, une promenade bucolique, mais humide

Ce crachin donne des allures de promenade champêtre à ces allers-retours sur la Seine. À l’arrière-plan, les collines et les massifs forestiers se parent de camaïeux grisonnants. Les contours sont adoucis par le nuage de pluie qui accompagne le ronronnement du moteur. Autour de nous, les bateaux ralentissent les uns après les autres. Au près, les premiers s’appliquent dans leurs manœuvres. Pendant qu’au portant, les spi se dégonflent invariablement. Alors que d’autres réussissent à se maintenir péniblement dans les va-et-vient de petites rafales bien timides.

Alors que le gros de la flotte a franchi la ligne d’arrivée, le dernier, nommé Casimodo, vient seulement de passer la marque trois. À la VHF, le Comité de Course annonce : « J’ai le regret de vous informer que la ligne sera fermée dans deux minutes. Je suis désolé, mais c’est un fait. » La fatalité du Comité nous fait sourire sur notre bateau moteur. Mais dans notre dos, ils sont encore cinq coincés dans la pétole et soumis au bon vouloir de Mère Nature. Ils seront ramenés par les bateaux moteurs pour le débat suivant.

Trois petits tours et puis s'en vont

Cette régate est d’ores et déjà un joli multiple de trois. Ce nouveau départ se fait dans un vent qui semble avoir repris du poil de la bête. La remontée au près est un magnifique ballet de voiles et de mâts qui s’entrecroisent. Dans les premiers mètres de la course, la flotte est dense et les manœuvres s’enchaînent comme des notes de musique sur une partition. Sur l’eau, les voiliers se déplacent en douceur. Les équipages paraissent danser sur leurs embarcations, respectant scrupuleusement les ordres de priorité. Les quelques mètres qui séparent la ligne de départ de la première marque sont hypnotisants. Pour cette troisième course, c’est à nouveau Toupidek qui passe en tête le dog leg. Le spinnaker est hissé avec fluidité et efficacité. La voile est gonflée en un clignement d’œil, permettant à l’équipage de prendre une belle avance sur le reste de la flotte.

En revanche, derrière, les mésaventures de la course précédente ont laissé des traces. C’est sans concertation, mais d’un commun accord que toute la flotte s’accorde sur un large contournement de la première bouée. Évidemment, cela laisse beaucoup de place et voilà que Tête de mule en profite pour faire l’intérieur. C’est avec une belle vitesse que l’équipage double deux bateaux dans la manœuvre. Toujours un peu risqué, le pari rebat les cartes à l’arrière de la flotte.

Vous en prendrez bien une de plus ?

Face à la rapidité des premiers, et pour finir en beauté, le Comité demande à rallonger le parcours de cent cinquante mètres. Le quatrième départ peut avoir lieu au son d’une corne de brume qui décide de prendre congé de ses fonctions. Après plusieurs essais, c’est finalement au sifflet que le Comité termine la procédure de départ. Après moult efforts, Toupidek remporte enfin une course et finit la régate en beauté à une très belle deuxième place au classement général. Le voilier est devancé par Somnium et suivi par Sebolavy.

Jolie Mantaise

L'ASM, une affaire de famille ?

Antoine, préposé à la VHF ce jour-là, s’en sort comme un chef, tandis que sa maman navigue sur Meli Melo. Ce dernier est la rencontre étonnante d’un Proto avec une Caravelle. Licenciés de l’ASM, Sophie et Antoine sont en fait belges et font le trajet jusque dans les Yvelines très régulièrement. Sophie souhaite que son fils apprenne la voile et c’est ce club qu’elle a choisi pour cet apprentissage. Admiratif de sa maman, Antoine est impatient de pouvoir, à son tour, faire des régates sur Meli Melo. Notre skipper, à Antoine et à moi, c’était Francis, le père d’Antoine, équipier de Martial et Christine. Ici, c’est un peu l’inverse, c’est Antoine qui a poussé son père à venir découvrir la voile. Motivé, Francis s’investit dans le club, notamment pour assurer la sécurité durant les régates.

De retour à terre et après avoir rangé le matériel, les familles se retrouvent sous un soleil enfin de retour. Une fois n’est pas coutume, la journée de régate se clôture, après la lecture du classement, ici par le maire de Mantes-la-Jolie. Ce moment convivial est accompagné par le traditionnel buffet. Pâté en croûte, saucisson et chips sont au rendez-vous. Tout comme quelques bouteilles de cidre et le reste de punch de la veille.

Claire C.F.

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